Présentation

FdnF est une association suisse existant depuis 1965 et intervenant auprès de populations défavorisées, rurales et citadines en Afrique, Amérique Latine et Asie.Le but principal de notre action est d’aider les personnes à se sortir elles-mêmes de la précarité. Nous cherchons à promouvoir le développement économique et social à l’échelle des communautés par des projets qui favorisent l’autonomie, la durabilité et par une action directe et respectueuse des traditions.

Communication

Gilbert Etienne, une vie exemplaire - Samedi 17 mai 2014


 


Quelques jours avant sa mort le Professeur Gilbert Etienne dépouillait encore les journaux indiens et pakistanais sur son lit d'hôpital. Il se lançait dans une discussion animée sur les diverses solutions possibles aux difficultés rencontrées par les agriculteurs de montagne en Asie pour se nourrir convenablement.



Toute une vie consacrée en priorité au monde rural et à l'avenir des paysans. Parler des pauvres, mais surtout parler avec les pauvres.


Au cours de ses longs séjours dans quelques villages asiatiques Gilbert Etienne a su établir des liens durables avec les familles. Les enfants, les petits-enfants de ses premiers interlocuteurs se réjouissaient de le revoir après quelques années toujours accompagné par Annette. L'un comme l'autre pouvaient mener de longues discussions aussi bien sur la sécheresse de l'année précédente que sur la corruption. Elle passait des journées à échanger avec les femmes de diverses castes.(1)" C'est à bien des égards notre expérience commune qui transparaît dans ses pages" écrivait Gilbert dans un de ses livres où il faisait la synthèse de cinquante années d'observations et d'analyses.(2)


Gilbert a toujours fait preuve d'un très grand respect pour les autres: qu'ils soient étudiants ou professeurs au Collège de France, qu'ils soient "intouchables" ou premier ministre, qu'ils soient jeunes journalistes ou écrivains reconnus, qu'ils soient adolescents mal dans leur peau ou patriarches.


Le respect pouvait prendre de nombreuses formes. Gilbert avait pris le soin d'apprendre plusieurs des langues principales du sous-continent indien. Il arrivait parfois à vélo dans un village et s'adressait à un inconnu en hindi pour engager une conversation qui pouvait durer si la sympathie était réciproque. Que penser de ceux qui arrivent avec leur grosse voiture soulevant la poussière et qui aussitôt convoquent les villageois en mauvais anglais pour leur poser toutes les questions qui figurent sur le questionnaire de l'Organisation!


Gilbert était respectueux des religions et des cultures. C'était un fin connaisseur de l'histoire des régions dans lesquelles il travaillait et sa curiosité était permanente. Il n'hésita pas à organiser à Genève un cours temporaire avec un doctorant sur "la lune dans la poésie vietnamienne". Cela valait bien un cours de statistiques.


Il était préoccupé par la violence et par les difficultés de l'action humanitaire. Ses rapports sur la famine et ses causes de retour du Biafra ou d'Ethiopie sont sans langue de bois. Un de ses soucis permanent aura été de maintenir des relations aussi intenses et cordiales avec "les frères ennemis" indiens et pakistanais, avec les hindouistes et les musulmans.


Gilbert a aussi été un homme d'action. Il a présidé l'association "Frères de nos frères", membre depuis longtemps de la Fédération Genevoise de Coopération. Annette et lui se déplaçaient pour visiter les projets et donner confiance à leurs partenaires en Asie, mais aussi en Afrique, au Sénégal et au Tchad.


Nous avons admiré comment il a su communiquer avec le grand public européen surtout suisse. Il a su partager sa culture, ses expériences de terrain, ses relations, ses doutes ou même ses irritations. Il a su merveilleusement utiliser les radios et la presse, ce qui est souvent difficile pour un universitaire.


Enfin Gilbert a manifesté en plus du respect et de la curiosité une abscence remarquable de préjugé. Il évaluait la voie chinoise du temps de Mao avec la même attention que la loi martiale pakistanaise du temps des généraux. Il étudiait avec autant de soins l'organisation de l'Etat religieux iranien que des manuels moralistes et répétitifs publiés par d'obscurs éditeurs anglais.


Il écrivait en 2003 "Autant la tentative de reproduire des modèles paraît aléatoire, autant les confrontations d'idées, d'expériences réussies ou ratées peuvent se révéler fécondes".


Voici un bon sujet de réflexion pour jeunes ou vieux, généreux, mais soucieux de convaincre leurs amis que "leur solution" est la meilleure et la plus rapide.


(1) Anne-Michèle Etienne, Journal d'Asie, Hemkunt Publishers, Delhi, 2008.


(2) Gilbert Etienne, Le développement à contre-courant, Collection la bibliothèque du citoyen, Presses de Sciences Po, Paris, 2003.


Jean-Pierre Gontard


Ressources:
- Gilbert Etienne, une vie exemplaire
- À la mémoire de Gilbert Etienne